vendredi 27 mai 2011
mardi 17 mai 2011

J'avais vu le souffle revenir à la bouche
et le sang jaillir de la terre,
éclabousser le cœur rompu d'offrandes
et battre la cadence d'une nouvelle aurore.
J'avais dessiné sur les murs effrités de l'enfer du décor,
la trame émaillée des vents nourriciers, cette force qui tend les joues et gonfle la peau des vieux vaisseaux ombrant les pieds de l'arc en liesse.
Les souvenirs sont des cadavres à demi-enterrés,
Et dans un crépuscule tempétueux, à la chandelle d'un dernier désespoir, me ramènent au songe miroir d'un puits sans fin.
J'avais gardé au fond d'un œil lunaire,
Les danses écorchées du bal des diables obliques
Me rapiéçais l'amour de lumière obscène.
J'étais amputé de vie et de présence, enfoui dans le magma
Écartelé par la croix cardinale, dispersé aux cinq moments.
Je n'étais qu'une poussière d'homme, balayé par des enfants.
Les souvenirs étaient des cadavres à demi-déterrés,
Et dans un crépuscule tempétueux, à la chandelle d'un dernier désespoir, me poussaient au songe miroir d'un puits sans fin.
mercredi 23 mars 2011

Il ne restait que le devenir et la lente métamorphose de la chair. Tout perdait en souplesse, en chaleur pour une attente lourde et immobile. Et lorsque je frappais ma poitrine, le son franc d'une roche épurée résonnait dans les jointures de mon crâne. Je rêvais de tempêtes et de rage, hurler dans la bourrasque, porter mes cris des cimes jusqu'aux racines et chuter dans une pluie de pierres.
Mais rien ne subsistait que le mensonge du temps, à susurrer les poèmes d'illusions à mes oreilles minérales. La tristesse enrochait l'esprit de fougue et les éclairs de désir anomal. L'ombre des femmes n'écorchait plus le souffle rauque de ma folie. Le cœur s'engourdissait dans un automne parfait, coulait dans la terre amollie de crépuscule. Je m'essoufflais d'avoir si vite gâché cet éclat de vécu. Le roc dévorait les dernières traces d'incendie qui m'avait calciné jusqu'ici.
lundi 21 mars 2011

Je possédais encore le luxe d'en désespérer.
Voilà la dernière vertu que les fous revendiquaient dans la langue de vérité. Nous mourrions du reste, mais l'éclat du désespoir couvrait d'un bronze élégant et sophistiqué. Nimbé d'extravagance, j'arpentais le temps du monde, semais par brassées entières mes chagrins et mes tristesses.
Je ne croisais qu'une hostilité volontaire et plus glacée. Les époques ne sont plus aux sentiments. Les larmes d'électrum ouvraient les caveaux les plus froids et dressaient des sépultures émoussées, courbés vers un ciel plombé de reproches.
Il ne me restait d'asile que les cachots creusés aux frontières, les strates et les fêlures pour s'y terrer en vermine. Et là, attendre, éons succédant aux éons, libérer par la lente consumation d'une foudre froide. Le désespoir écorchait de toute éternité.
samedi 12 mars 2011

Il ne restait rien. Rien à rebâtir, ni à redresser, que des ruines à contempler pour le reste de mon fragment d'éternité. Je sifflais pour chasser l'esprit mauvais, l'œil noir d'une malédiction de pacotille. Les Nornes avaient ma vie au cœur et je marchais les yeux baissés pour ne pas les tenter.
Il ne restait rien, pas de ligne droite à suivre, plus de mur à franchir. Juste la sombre mélodie qui flattait mes nerfs sous l'orangé d'une nuit perpétuelle, le chant gauchi de monstres perruqués et poudrés, qui résonnait sous le vent.
vendredi 11 mars 2011
Il y avait dans l'air l'odeur d'un feu gigantesque. Le souffle d'un géant portait au loin la profonde menace. Une lente pulsation battait la mesure de la dévastation. Nous étions perdus et pourtant immobiles, nos pensées égrainées sur une terre inviolée.
Les cris de terreur suspendus à la chair s'effondraient avec nous. Nos corps d'illusions mal taillées brûlaient les vestiges de totems enracinés dans la première pierre. Le métal fondait dans nos os, ruisselait en tatouage jusqu'au sol.
lundi 28 février 2011

Je mourais morceaux par morceaux,
La chair arrachée livre par livre,
A grand coup de poing de feu,
Le destin me faisait sauter les dents,
Une à une, avec lenteur et application
Je les crachais,
Quinte de sang huileuse, déjà noir, presque mort.
Je vivais pièces par pièces,
Résistance au kilos,
L'existence blottie sous les ongles cassés de colère,
Les dernières forces jetées par dessus bord,
Je flottais, si léger que rien ne pouvait plus me retenir.
Le monde s'effondrait, ruines sur ruines,
Dans la joie singulière d'une faillite en spirale,
Toujours plus sombre et toujours plus bleu,
A empiler, féroce, les crânes bien blancs.
dimanche 20 février 2011

Je l'avais vu, au creux d'un vallon, le jour où la brume filandreuse montait de la terre et se mêlait au brouillard le plus lourd.
Personne ne savait plus où il vivait et il n'était pas rare de croiser des créatures des trois mondes échanger un chapelet de courtoisie au carrefour des suicidés.
Je la guettais, comme l'arrivée en fanfare d'un châtiment ou d'une délivrance. Quelle différence ?
Un cotonnement de satisfaction m'engourdissait et j'échangeais un ricanement dans l'ombre d'un déraciné.
Et alors ? Et alors ? Il était là ce creux du monde, le ventre chaud et accueillant, cette fêlure où les mers et les étoiles s'écoulaient. J'aurais bien vendu ma collection d'âmes pour m'y blottir jusqu'à la noyade.
Pas de monstres pour me tenir les pieds, pas de sauveur pour alléger mes épaules tordues, la liberté en nœud coulant et cette réalité pour échafaud.
Elle s'était livrée, féminine et complice et je courais déjà le long des radicelles de foudre et de sang jaillis jusqu'à mon visage.
jeudi 13 janvier 2011

J'étais debout devant ce puits étrange, un horizon teinté de reflets noirs, aux échos de bronze et d'argent. Pas de vertige, pas de miroir, le seul souffle du temps, lent, lourd et patient, d'un ange noir assoupi.
Une brûlante lumière gonflait les veines des murs, brillants sillons de feu blanchis, jusqu'au fond d'un gouffre dément et généreux. Je dévorais le dernier décor, affalais les feux follets, chassais les sirènes.
Le monde avait dérobé la porte et le parfum d'abysse suintait des pierres, réveillant les images boueuses de sépultures noyés. Je flottais, sombre étendard d'un vivant (é)perdu de chaleur dans le vent du midi.
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