dimanche 20 février 2011
















Je l'avais vu, au creux d'un vallon, le jour où la brume filandreuse montait de la terre et se mêlait au brouillard le plus lourd.
Personne ne savait plus où il vivait et il n'était pas rare de croiser des créatures des trois mondes échanger un chapelet de courtoisie au carrefour des suicidés.
Je la guettais, comme l'arrivée en fanfare d'un châtiment ou d'une délivrance. Quelle différence ?
Un cotonnement de satisfaction m'engourdissait et j'échangeais un ricanement dans l'ombre d'un déraciné.
Et alors ? Et alors ? Il était là ce creux du monde, le ventre chaud et accueillant, cette fêlure où les mers et les étoiles s'écoulaient. J'aurais bien vendu ma collection d'âmes pour m'y blottir jusqu'à la noyade.
Pas de monstres pour me tenir les pieds, pas de sauveur pour alléger mes épaules tordues, la liberté en nœud coulant et cette réalité pour échafaud.
Elle s'était livrée, féminine et complice et je courais déjà le long des radicelles de foudre et de sang jaillis jusqu'à mon visage.

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