lundi 28 février 2011















Je mourais morceaux par morceaux,
La chair arrachée livre par livre,
A grand coup de poing de feu,
Le destin me faisait sauter les dents,
Une à une, avec lenteur et application
Je les crachais,
Quinte de sang huileuse, déjà noir, presque mort.

Je vivais pièces par pièces,
Résistance au kilos,
L'existence blottie sous les ongles cassés de colère,
Les dernières forces jetées par dessus bord,
Je flottais, si léger que rien ne pouvait plus me retenir.

Le monde s'effondrait, ruines sur ruines,
Dans la joie singulière d'une faillite en spirale,
Toujours plus sombre et toujours plus bleu,
A empiler, féroce, les crânes bien blancs.

dimanche 20 février 2011
















Je l'avais vu, au creux d'un vallon, le jour où la brume filandreuse montait de la terre et se mêlait au brouillard le plus lourd.
Personne ne savait plus où il vivait et il n'était pas rare de croiser des créatures des trois mondes échanger un chapelet de courtoisie au carrefour des suicidés.
Je la guettais, comme l'arrivée en fanfare d'un châtiment ou d'une délivrance. Quelle différence ?
Un cotonnement de satisfaction m'engourdissait et j'échangeais un ricanement dans l'ombre d'un déraciné.
Et alors ? Et alors ? Il était là ce creux du monde, le ventre chaud et accueillant, cette fêlure où les mers et les étoiles s'écoulaient. J'aurais bien vendu ma collection d'âmes pour m'y blottir jusqu'à la noyade.
Pas de monstres pour me tenir les pieds, pas de sauveur pour alléger mes épaules tordues, la liberté en nœud coulant et cette réalité pour échafaud.
Elle s'était livrée, féminine et complice et je courais déjà le long des radicelles de foudre et de sang jaillis jusqu'à mon visage.