mercredi 23 mars 2011















Il ne restait que le devenir et la lente métamorphose de la chair. Tout perdait en souplesse, en chaleur pour une attente lourde et immobile. Et lorsque je frappais ma poitrine, le son franc d'une roche épurée résonnait dans les jointures de mon crâne. Je rêvais de tempêtes et de rage, hurler dans la bourrasque, porter mes cris des cimes jusqu'aux racines et chuter dans une pluie de pierres.
Mais rien ne subsistait que le mensonge du temps, à susurrer les poèmes d'illusions à mes oreilles minérales. La tristesse enrochait l'esprit de fougue et les éclairs de désir anomal. L'ombre des femmes n'écorchait plus le souffle rauque de ma folie. Le cœur s'engourdissait dans un automne parfait, coulait dans la terre amollie de crépuscule. Je m'essoufflais d'avoir si vite gâché cet éclat de vécu. Le roc dévorait les dernières traces d'incendie qui m'avait calciné jusqu'ici.

lundi 21 mars 2011















Je possédais encore le luxe d'en désespérer.
Voilà la dernière vertu que les fous revendiquaient dans la langue de vérité. Nous mourrions du reste, mais l'éclat du désespoir couvrait d'un bronze élégant et sophistiqué. Nimbé d'extravagance, j'arpentais le temps du monde, semais par brassées entières mes chagrins et mes tristesses.
Je ne croisais qu'une hostilité volontaire et plus glacée. Les époques ne sont plus aux sentiments. Les larmes d'électrum ouvraient les caveaux les plus froids et dressaient des sépultures émoussées, courbés vers un ciel plombé de reproches.
Il ne me restait d'asile que les cachots creusés aux frontières, les strates et les fêlures pour s'y terrer en vermine. Et là, attendre, éons succédant aux éons, libérer par la lente consumation d'une foudre froide. Le désespoir écorchait de toute éternité.

samedi 12 mars 2011















Il ne restait rien. Rien à rebâtir, ni à redresser, que des ruines à contempler pour le reste de mon fragment d'éternité. Je sifflais pour chasser l'esprit mauvais, l'œil noir d'une malédiction de pacotille. Les Nornes avaient ma vie au cœur et je marchais les yeux baissés pour ne pas les tenter.
Il ne restait rien, pas de ligne droite à suivre, plus de mur à franchir. Juste la sombre mélodie qui flattait mes nerfs sous l'orangé d'une nuit perpétuelle, le chant gauchi de monstres perruqués et poudrés, qui résonnait sous le vent.

vendredi 11 mars 2011






















Il y avait dans l'air l'odeur d'un feu gigantesque. Le souffle d'un géant portait au loin la profonde menace. Une lente pulsation battait la mesure de la dévastation. Nous étions perdus et pourtant immobiles, nos pensées égrainées sur une terre inviolée.

Les cris de terreur suspendus à la chair s'effondraient avec nous. Nos corps d'illusions mal taillées brûlaient les vestiges de totems enracinés dans la première pierre. Le métal fondait dans nos os, ruisselait en tatouage jusqu'au sol.